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Kanya Puspokusumo
Pays: Indonésie Age: 36 Occupation: Ecrivain, Cadre s’occupant des relations publiques/communication Type de SEP: forme à poussées Année du diagnostic: 2001
"Aidez-moi avec de l’empathie, pas de la sympathie”1
Je suis née à Bandung, Indonésie, le 3 juillet 1971. Je suis seule et j’ai un fils de 8 ans. J’aime beaucoup écrire. J’ai écrit plusieurs nouvelles, des courts récits et des poèmes sous mon pseudonyme. Ces travaux ont été publiés dans des journaux et des magazines, et également sur mon blog internet. En plus de l’écriture, je joue aussi du piano. Ces deux hobbies me permettent de calmer mon stress (je crois que le stress est un des déclencheurs les plus importants des poussées de SEP).
J’ai une licence en littérature japonaise et un “master” en philosophie. Après avoir terminé mes études, j’ai travaillé comme chargée de cours dans une université de Bandung. J’aurais pu continuer à enseigner et vivre heureuse avec mon mari et mon fils si la sclérose en plaques n’avait pas bouleversé complètement ma vie.
Je me souviendrai toujours du moment où les médecins ont diagnostiqué une sclérose en plaques – c’était en 2001. C’était le printemps au Japon. Pour la plupart des gens, le printemps, avec ses fleurs de cerisier, est toujours tellement beau mais pour moi ce printemps-là a été le plus horrible que j’aie jamais vécu.
J’enseignais dans une école de langue asiatique à Shizuoka au Japon, quand soudainement j’ai été frappée d’un mal de tête atroce, j’ai perdu la vue dans mes deux yeux pendant une dizaine de minutes et la partie droite de mon corps s’est paralysée. La direction m’a envoyée au Shizuoka Saiseikai Hospital où j’ai subi de nombreux tests, dont une résonance magnétique et une ponction lombaire. Ce sont ces tests qui ont révélé ma sclérose en plaques. Ils m’ont donné comme traitement une injection trois fois par semaine, ce que je continue encore maintenant. Ma vie a vraiment changé avec la première poussée. J’ai dû me servir d’une chaise roulante pendant environ six semaines mais aussi accepter que vivre avec une sclérose en plaques en Indonésie n’allait pas être facile. A cette époque, il y avait très peu d’information sur la SEP en Indonésie. Lorsque je parlais pour la première fois de la maladie à mon mari et à mes amis, ils confondaient très souvent avec ostéoporose ou cirrhose. Les symptômes imprévisibles de la sclérose en plaques m’ont aussi donné beaucoup de difficultés. On m’accusait souvent de mentir, car d’un moment à l’autre, je paraissais tellement en bonne santé et puis tout d’un coup j’étais faible. Mais le plus difficile pour moi a été lorsque certaines personnes ont pensé que ma maladie était comme le sida. Bien que j’avais beau expliquer que la sclérose en plaques n’était pas une maladie contagieuse et était totalement différente du sida, beaucoup de personnes m’ont quand même exclue de leur vie sociale.
Mon ancien employeur ne comprenait pas la sclérose en plaques non plus. Bien que j’avais expliqué, tout en démontrant que ma sclérose en plaques n’allait pas arrêter ma productivité dans les années à venir, ils ont retardé mes possibilités de promotion. En 2004, j’ai eu une deuxième poussée. Je suis restée dans le coma pendant cinq jours. Quand je me suis réveillée, tout avait empiré; ni mon mari ni mes amis n’ont voulu rester près de moi; je me sentais totalement abandonnée.
J’étais fortement blessée. Mais je réalisais que la colère, la tristesse, la haine n’amènent nulle part. Au lieu de haïr ceux ou celles qui m’ont fortement blessée, je préférais regarder les beaux côtés de la souffrance. J’avais toujours ma mère, des frères et soeurs et mon fils, Rayhan, qui continuaient à me donner leur amour sans compter. J’ai aussi Dieu et je crois que Dieu ne me donnera jamais une charge que je ne pourrai porter. J’ai donc décidé de pardonner à ceux qui m’avaient offensée et j’ai continué ma vie. C’est à partir de ce moment-là que j’ai décidé d’essayer de changer «l’atmosphère en Indonésie» en écrivant des articles sur la sclérose en plaques pour la presse.

En 2005, j’ai démissionné de l’université et travaillé pendant un an dans l’entreprise familiale. Je suis aussi devenue écrivain indépendant. Ces emplois me donnaient satisfaction mais dans mon for intérieur je sentais que je devais poursuivre ma carrière. Je voulais aussi démontrer à beaucoup de personnes que jamais la sclérose en plaques ne m’empêcherait d’être un être humain utile. En 2007, j’ai donc décidé de postuler auprès d’une entreprise japonaise en Indonésie, et j’ai obtenu un emploi dans le département Marketing.et Relations Publiques.
Dans cette société, j’occupe le poste de responsable des relations et de la communication avec la clientèle. Mais parfois je dois aussi être leur traductrice (pour l’anglais et pour le japonais) et être le «pont» entre le personnel indonésien et étranger. Le passé m’a appris que les gens n’acceptent pas facilement une personne atteinte de SEP comme moi dans leurs cercles sociaux. J’avais donc décidé de ne pas divulguer ma maladie à mon employeur et à mes collègues. Est arrivée alors une nouvelle poussée et j’ai donc été obligée de dire à mes supérieurs que j’avais la sclérose en plaques. Je m’attendais à la même réaction que celle de mon employeur précédent mais à ma grande surprise ils ont voulu en savoir plus et ont commencé à s’informer sur internet sur la maladie. Ils continuent à être très compréhensifs chaque fois que j’ai besoin de repos à cause de ma fatigue ou de douleurs. En un mot, ils me soutiennent beaucoup.
La plupart du personnel indonésien dans la société a également une attitude très positive. Bien que certaines personnes ne comprennent pas ce qu’est la sclérose en plaques, elles sont ouvertes à mes explications et leur attitude me permet de parler plus facilement de choses plus concrètes concernant la maladie. Je me suis aussi fait une amie formidable dans la société, Yunita. Je ne demande jamais de l’aide mais elle me tend toujours la main avant que je n’en aie besoin.
Maintenant, cinq amis et moi mettons tout en oeuvre pour créer la “Indonesian Multiple Sclerosis Group”. Ce groupe aura plusieurs objectifs comme aider les personnes atteintes à mieux affronter la maladie, aider financièrement les personnes atteintes de SEP et informer correctement la population indonésienne sur la maladie. Cette activité est purement charitable et elle me donnera quelque chose de plus précieux que d’être riche: le vrai bonheur. Aux autres personnes atteintes de SEP dans le monde, et plus particulièrement à celles en Indonésie, je voudrais dire que la vie est parfois dure, mais qu’il ne faut jamais abandonner! Croyez-moi, là où il y a de la vie, il y a de l’espoir. Au lieu de pleurnicher, de se plaindre, d’être frustré, il vaut mieux voir la vérité en face, se lever et montrer aux autres personnes que si notre avenir avec notre invalidité ne sera pas toujours rose, cela ne nous arrêtera pas de créer des choses utiles et précieuses pour d’autres.
Enfin, je voudrais terminer mon histoire avec l’expression japonaise qu’on utilise généralement lorsqu’on souhaite que quelqu’un continue de se battre et de ne jamais abandonner… GAMBATTE KUDASAI!!! 1 J’utilise ces mots dans mon livre Living with Multiple Sclerosis (Vivre avec la sclérose en plaques), une édition indépendante qui a été distribuée gratuitement à toutes les personnes que je connais. Ce livre a été écrit en indonésien en 2005 et a été revu en 2007. J’y ai écrit tout ce que je savais sur la sclérose en plaques : définition de la maladie, évolution de la maladie, etc. J’ai écrit aussi que les personnes atteintes de SEP n’ont pas besoin de sympathie, au contraire, elles ont besoin que d’autres personnes les écoutent, les comprennent, aient de l’empathie.
Kanya Puspokusumo
MSIF remercie Kanya pour la traduction du « Massif’s website » en indonésien (Bahamas Indonesia). Le site sera disponible plus tard dans l’année.
MSIF remercie la Ligue de la SEP en Belgique pour sa traduction vers le français.
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