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Bien qu ’on ne connaisse pas avec certitude la cause de la SEP, on pense qu’elle résulterait d’un processus à médiation immunitaire déclenché par des facteurs environnementaux (peut-être des infections virales) chez des individus génétiquement prédisposés. La prédisposition à la SEP est selon toute probabilité gouvernée par plusieurs gènes.
Les théories actuelles favorisent l’étiologie immunitaire de la SEP ; aussi, il n’est pas inutile ici de faire un petit rappel notionnel. Le système immunitaire a pour fonction de reconnaître et de détruire les bactéries, les virus et autres substances étrangères (les antigènes). Pour ce faire, il doit pouvoir distinguer ce qui fait partie de l’organisme de ce qui lui est étranger, pour ne s’attaquer qu’aux substances étrangères. Or, dans certains états pathologiques (les maladies auto-immunes), le système immunitaire ne reconnaît plus les composantes du soi et s’y attaque ; dans la SEP, on a toutes les raisons de penser qu’il se produit une attaque immunitaire contre la myéline, substance qui forme un manchon isolant autour de nombreuses fibres nerveuses.
Il y a près de 60 ans, on a démontré que l’injection d’extraits de cerveau à des animaux déclenche dans certains cas une maladie inflammatoire du système nerveux central (SNC) appelée encéphalomyélite allergique expérimentale (EAE). L’EAE est très semblable à une maladie humaine déclenchée à la suite de l’administration d’une préparation ancienne de vaccin antirabique contenant des fragments de myéline. Cette forme d’encéphalomyélite est à son tour très semblable sur le plan pathologique à certaines formes d’encéphalomyélite post-infectieuse parfois observées chez l’enfant à la suite d’une infection virale (rougeole, rubéole, varicelle ou autres). L’encéphalomyélite post-infectieuse n’est pas une maladie récidivante chez l’humain.
Quelque temps après, on a montré qu’une forme récidivante chronique d’EAE peut être déclenchée chez des animaux génétiquement prédisposés ; quelques semaines ou quelques mois après un épisode initial de paralysie suivi d’un rétablissement, les animaux ont présenté de nouveaux symptômes similaires à ceux de la SEP. En outre, les signes pathologiques observés dans le SNC de ces animaux sont très semblables à ceux de la SEP.
Il existe toutefois d’importantes différences entre la SEP et l’EAE chronique. Contrairement à ce qui se produit dans l’EAE, il est difficile de déceler des anticorps contre les protéines de la myéline dans le sang des personnes atteintes de SEP. Dans l’EAE, on sait que l’antigène est la myéline ou l’une de ses composantes, alors que dans la SEP, on ne connaît toujours pas l’antigène en cause. Par ailleurs, l’EAE est facilement inhibée et supprimée par un certain nombre de médicaments qui ne semblent guère efficaces dans la SEP.
Le système immunitaire est complexe. Ses composantes fondamentales sont deux types de globules blancs que l’on trouve dans le thymus, la rate et les ganglions lymphatiques. Ces globules blancs peuvent circuler dans tout l’organisme en empruntant la circulation sanguine et lymphatique. Les plus grandes d’entre elles sont nommées macrophages (du grec « macro », grand, et « phage », manger) et ont pour rôle d’ingérer et d’éliminer les corps étrangers. Les macrophages sécrètent également des substances chimiques appelées protéases (qui sont capables de détruire la myéline), des prostaglandines et des radicaux libres, qui jouent un rôle primordial dans l’inflammation et la fonction immunitaire. Le deuxième type de globules blancs, plus petits, sont les lymphocytes. Les lymphocytes B, dont la maturation se fait dans la moelle osseuse, ont pour rôle de produire des anticorps. Les lymphocytes T, plus nombreux, arrivent à maturation dans le thymus. Une fois activé en réponse à l’exposition à un antigène, le lymphocyte T grossit, augmente son métabolisme et sécrète des substances appelées cytokines. Ces dernières ont notamment pour fonction de favoriser l’accroissement des populations de lymphocytes, d’activer les macrophages, d’augmenter le flux sanguin, d’entraîner la formation d’un œdème tissulaire et d’attirer d’autres types de globules blancs au voisinage de l’intrusion. L’interféron gamma fait partie de ces cytokines qui sont sécrétées par les lymphocytes T activés, et facilite la reconnaissance de l’antigène. Son emploi dans le traitement de la SEP a été associé à une augmentation de la fréquence des poussées.
Les données actuelles indiquent que les cytokines peuvent être réparties en deux classes. La première, celle des cytokines pro-inflammatoires, comprend le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF alpha) et l’interféron gamma, qui pourrait être directement responsable des lésions tissulaires dans la SEP. La seconde classe, celle des cytokines anti-inflammatoires, comprend l’interleukine-4 (IL-4), l’interleukine-10 (IL-10) et le facteur de croissance transformant bêta (TGF bêta) qui suppriment ou inhibent la maladie.
On trouve de nombreux lymphocytes B dans les plaques de SEP et au voisinage de ces dernières, mais ils sont relativement rares dans le liquide céphalorachidien (LCR). Ce sont ces cellules qui assurent la production locale d’immunoglobulines. Les immunoglobulines sont des anticorps, mais dans la SEP, on ignore la nature de l’antigène contre lequel ces anticorps sont dirigés. Les recherches effectuées pour tenter de découvrir l’antigène en étudiant les anticorps n’ont pas donné de résultats concluants jusqu’ici.
L’étude neuropathologique des lésions de SEP a clairement démontré que le processus de démyélinisation s’effectue en présence de cellules inflammatoires et de cytokines. Traditionnellement, l’inflammation et la démyélinisation sont les caractéristiques distinctives de la SEP (on définit souvent la SEP comme étant une maladie inflammatoire démyélinisante). La recherche a récemment confirmé qu’il existe une corrélation importante entre les déficits cliniques permanents et les lésions subies par les neurones eux-mêmes (plus précisément au niveau de l’axone).
Ces découvertes sur le fonctionnement du système immunitaire ont conduit à l’élaboration de stratégies thérapeutiques consistant, par exemple, à administrer des cytokines anti-inflammatoires aux patients atteints de SEP ou encore des traitements qui inhibent les cytokines pro-inflammatoires. Toutefois, notre capacité de prédire l’effet d’une telle intervention est limitée en raison de la complexité du réseau formé par le système immunitaire, avec ses multiples facteurs et mécanismes interdépendants qui varient selon le stade de la maladie. La difficulté est d’autant plus grande que la SEP apparaît de plus en plus comme une entité pathologiquement hétérogène dans laquelle intervient une diversité de phénomènes tels que les lésions de destruction cellulaire massive, les processus de démyélinisation avec ou sans participation cellulaire importante, voire l’oligodendrogliopathie primaire.
Étant donné notre compréhension limitée de la pathogenèse de la SEP, en général ou chez un individu donné, tout progrès thérapeutique concret ne peut être obtenu qu’au prix de la réalisation d’essais cliniques. Ces essais doivent porter sur des effectifs importants et sur une période prolongée, en raison du caractère très variable et imprévisible de l’évolution de la maladie ainsi que de la difficulté à mesurer avec précision l’incapacité neurologique.
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